En vos mots 973

Une pile de livres est posée derrière elle, attendant le moment où la rêveuse peinte par Ethel Léontine Gabain choisira l’un d’eux. Avez-vous des suggestions pour elle? Vous rappelle-t-elle quelqu’un? Peu importe l’angle que vous choisirez pour nous raconter en prose ou en vers ce que cette scène évoque pour vous, prenez votre temps. Vous avez une semaine devant vous avant la validation des commentaires.
Cela vous laisse amplement le temps de lire les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, et même de les commenter si vous le souhaitez. Pour ma part. j’ai hâte de trouver du temps pour rêver. Juste rêver. Tellement hâte.
Retrouvons-nous dimanche prochain pour la suite. Étonnez-moi!
J’ai encore raté le coche cette semaine je vais faire mieux la prochaine fois. Avec le sourire
Commentaire by Lilou — 15 décembre 2025 @ 0:29
Tu n’avais pas pu emmener tous tes livres. C’était pour toi un grand regret. Tes livres, chez toi, emplissaient tout un grand pan de mur, du sol au plafond. Bien serrés sur les rayonnages. On ne voyait qu’eux dans la pièce. Et quelques-unes de tes toiles et sculptures que j’aimais tant.
Il avait fallu trier, mettre en caisses pour le garde-meubles. Car ici tu n’étais pas chez toi. Et l’espace t’était compté. Cependant, sur les étagères, tu disposais toujours d’un joli choix de volumes. Et quand je te rendais visite, je te trouvais invariablement un livre à la main. Nous commentions avec enthousiasme nos lectures. C’est toi qui m’as fait connaître entre autres le poète René-Guy Cadou que nous adorions toutes deux.
Nous lisions tour à tour. Puis, quand tu étais fatiguée, je poursuivais seule. Avec le temps, tu t’étais mise, toi si soigneuse, à déchirer les pages de tes livres. Pendant un certain temps toutefois, tu parvins encore à me lire des passages de ton poète favori. Ou de tes propres écrits. Mais de plus en plus tu me laissais achever. Et je notai nombre de fois tes commentaires, devenus soudain extravagants et insolites, en même temps que d’une justesse tout simplement renversante de raison.
Puis, tu t’es mise de plus en plus souvent à te lasser de ce qui auparavant te ravissait. Tu t’es mise à t’endormir. Avec quelques sursauts de temps en temps. J’arrivais, et devant toi il y avait à nouveau un livre. Ou plusieurs. Et autour de toi toujours quelques bouts de pages arrachées, que ta nièce, ton amie et moi nommions gentiment entre nous des confetti.
Nous avons commencé à cacher les livres précieux, comme tes propres textes reliés en carnets, ou comme les œuvres complètes de ce cher René-Guy Cadou. Mais quelque bonne âme sans doute finissait par te remettre en mains l’ouvrage convoité. Et un jour il ne resta plus rien du recueil de poèmes tant aimés.
Durant les derniers mois, tu somnolais en permanence. Je te lisais parfois encore des bribes de textes. Cela semblait t’apaiser.
Quand je pense à toi, c’est notre complicité qui surgit. Celle née dans ton salon, chère Simonne, chez toi. Et celle que nous avons poursuivie ensuite à la maison de repos. Même et peut-être surtout quand ton esprit battait la campagne, et qu’entre les mots je percevais l’ineffable, l’indicible. Quelque chose venu du fond de moi parvenait alors à répondre à ce langage. Et nous entretenions des conversations comme codées, quoique précisément en dehors de tous codes. A la limite du surréalisme. Là où j’aurais pu abandonner une quête de sens, voilà que je débusquais au contraire un sens caché d’une profondeur abyssale.
Penser à toi, c’est revivre notre rencontre, lors d’une partie de campagne. Ce sont les visites d’expositions et de musées, où tu m’apprenais à regarder une œuvre, toi qui étais peintre.
Nous étions très différentes, n’avions pas les mêmes goûts. Mais cette différence même nous unissait. Car nous étions curieuses de découvrir l’essence de l’autre, parfois si étrange à force d’altérité.
Penser à toi, c’est réveiller ma curiosité. Partager ta gourmandise. Ecouter une nouvelle fois le récit de ta jeunesse inquiète, secouée par des drames familiaux bouleversants, et dont la gravité avait été bien trop passée sous silence.
Je revois ton air malicieux. Et tandis que je laisse les souvenirs envahir mon présent avec délicatesse, au point de te sentir tout près de moi, ignorant que le tien a depuis bientôt deux ans offert au monde son dernier battement, j’entends nos deux coeurs vibrer de concert en se souriant.
Commentaire by anémone — 16 décembre 2025 @ 19:29
C’est une voix d’âge mûr, façonnée par les années, qui sait si bien raconter la vie d’autrefois et les secrets des choses. C’est une voix douce et apaisante qui vient la visiter quelquefois, comme une étoile d’or dans le noir de la nuit.
« Quand j’avais ton âge, lui disait-il, je laissais un verre de lait et une assiette avec des biscuits sur la petite table du salon, à côté du sapin, avant d’aller au lit, pour que le père Noël se restaure avant de poursuivre son chemin. Le pauvre, il vient de tellement loin pour déposer ton cadeau.»
Puis, elle s’est entendu dire : «Et si je lui faisais un dessin? … Moi, j’aimerais lui faire un dessin. Tu penses que le père Noël aimera mon dessin? »
« Bien sûr que oui, mon trésor. Ce serait un merveilleux cadeau », lui répondit la voix, atendrie et émue.
Et elle se souvient de la douceur de sa voix. Comme elle s’était souvenue l’année dernière, et celui d’avant. Et de celle qui l’a précédée. Juste avant qu’elle ne devienne une étoile.
Bientôt Noël. Et tous ces dessins d’une petite fille laissés sur une table pour le père Noël, retrouvés, bien des années plus tard, dans le tiroir du bureau de grand-père.
C’était une voix d’âge mûr.
Commentaire by Armando — 19 décembre 2025 @ 21:38