Lali

9 novembre 2025

En vos mots 968

Filed under: Couleurs et textures,En vos mots — Lali @ 8:00

C’est avec une certaine nostalgie que je vous offre cette toile de l’artiste Thu Nguyen afin que vous la racontiez en vos mots, comme vous le faites si bien semaine après semaine. Oui, nostalgie. Car les samedis matins à lire les pages culturelles du journal datent de bien longtemps en ce qui me concerne. Pourtant, j’aimais bien ces moments où je prenais le temps…

Seul le bol de café fait toujours partie du rituel de tous les matins.

Comme le veut l’habitude, aucun commentaire ne sera validé avant le prochain En vos mots. Vous avez donc une semaine devant vous pour écrire quelques lignes, lire les textes déposés sur la scène livresque de dimanche dernier, et même les commenter si vous le désirez.

D’ici là, bon dimanche et bonne semaine à tous les envosmotistes et à celles et ceux qui les lisent.

3 Comments »

  1. Les mots semblaient figés sous ses yeux. D’un seul coup, rien d’autre n’existait. Pour elle.
    Même pas son bol de café devenu froid. Aussi froid que ma présence.
    J’étais certain qu’elle resterait sourde à mes mots. Alors, je la regardais. Comme un objet précieux qu’on ne quitte pas du regard. De peur qu’il s’envole. D’ailleurs, elle ne s’était pas déjà envolée ?… puisque seul son corps dénonçait sa présence.

    Même le soleil semblait oser caresser son visage sans la toucher vraiment. Juste une caresse. Légère.

    Je suis resté là un long moment, puis lorsque je m’apprêtais à disparaître, sur la pointe des pieds, comme seuls savent faire les chats de gouttière, égarés et inutiles, je l’ai entendu murmurer : Dionysos, est mort!

    Etonné, à moitié dans l’ombre, j’ai balbutié : C’est qui, Dionysos?

    Sans se retourner, après un long moment, elle m’a répondu : Mon tout, tout, tout premier amour… Il était pianiste… Il avait des doigts… sublimes. Je frissonne d’y penser.

    Puis le silence.

    Il m’a semblé écouter, dans sa façon de respirer, un bruit étouffé. Comme celui d’un doux serpent se promenant, en zigzag, sans laisser de trace, sur son corps nu de femme. Comme au premier jour.

    L’orage est arrivée après. Je m’en souviens.

    Commentaire by Armando — 10 novembre 2025 @ 12:17

  2. Le matin depuis quelques jours Matilda vient prendre un café au lait au Bar des Sports, ça lui économise l’achat du journal et les commentaires de ceux dont elle partage le toit.

    Tous les matins son café refroidit, elle cherche, elle scrute, elle griffonne des adresses et des numéros de téléphone.

    Elle ne pensait pas que ce serait une mission si impossible, de se trouver un petit studio pas cher, une chambrette sous les toits, tout ou n’importe quoi pourvu que ce soit accessible financièrement.

    Qu’elle ait enfin la paix.

    Sur un tabouret près du comptoir, un homme l’observe.

    Il sait que bientôt elle sera si démoralisée, si découragée par ses recherches infructueuses, qu’elle acceptera sa proposition.

    Il le sait.

    Ce ne sera pas la première.

    Commentaire by Adrienne — 10 novembre 2025 @ 13:18

  3. Le mercredi a toujours été pour moi un jour exceptionnel. Cela se comprend, puisque à l’école nous bénéficiions ce jour-là d’un divin après-midi de congé. C’était aussi le moment où on fêtait le milieu de la semaine. Je me jetais alors dès ma rentrée à la maison et le repas de midi avalé, sur mon hebdomadaire Lisette adoré, dont je ne possède hélas plus aucun exemplaire, et que chez aucun bouquiniste je n’ ai jamais pu retrouver.
    Dans le quotidien de mes parents paraissait ce soir-là en outre le supplément jeunesse, avec des poèmes écrits par les lecteurs et lectrices en herbe, de la documentation bien présentée sur divers sujets, et des histoires en images dont je me régalais.
    Je fréquentais déjà le lycée, lorsqu’il fut toutefois décidé avec brutalité que le mercredi après-midi serait désormais consacré au sport, la pratique d’un sport ayant été introduite l’année précédente en lieu et place des cours du mardi après-midi. Mais nos éducateurs ne l’entendaient clairement pas de cette oreille, et éprouvaient visiblement beaucoup de mal depuis cette innovation à gérer nos horaires. Où caser en effet les matières des trois heures maintenant dévolues à ces activités sportives?
    Même si j’avais choisi la danse moderne, qui me plaisait plutôt bien, je vécus cette nouvelle initiative comme une haute trahison et comme un petit drame. Comme un adieu à mes quelques heures d’insouciance totale, qui m’avaient été sans autre forme de procès injustement et cruellement volées.
    Lorsque plus tard le travail rémunéré remplaça les horaires scolaires, et mon propre nid ma chambre dans l’appartement parental, j’optai pour le même journal que mes parents, mais contrairement à eux je ne me l’offrais que le mercredi. C’était du temps où j’allais beaucoup au cinéma, et je ne voulais manquer à aucun prix la sortie toute fraîche des programmes. Je me souviens de ma joie à éplucher les résumés des films. A choisir ceux que je désirais voir, et dans quelle salle.
    Il me semblait qu’à l’époque la plupart des gens de mon âge, ou un peu plus âgés, se précipitaient pareillement hors de chez eux plusieurs fois par semaine, afin de voir tous les films susceptibles de les captiver. Même ceux qui, formant la majorité, n’étaient pas dans mon cas et possédaient un téléviseur, se retrouvaient joyeusement dans les queues des cinémas, en couples ou en bandes, sans égards pour les lendemains difficiles. C’était une manière de vivre, différente de nos parents, qui avaient pourtant fait preuve pour nombre d’entre eux du même comportement avant leur mariage ou au début de leur union. Lorsque le premier enfant paraît cependant, on change en général d’habitudes. Sauf si on peut se payer un baby-sitting, et qu’on ne craint pas de sabrer allègrement dans ses nuits de sommeil.
    Je me rendais beaucoup plus rarement au théâtre. Mais je guettais avec ferveur les dates d’ouvertures des expositions, et la parution des nouveaux livres.
    Par la suite, pendant une trop longue période, j’ai connu un surcroît de travail bizarrement lié, comme c’est étrange, à une forte baisse d’énergie et à une chute vertigineuse de mon temps libre. Des déceptions aussi. Des films peu emballants pour des prix ne cessant de grimper en flèche tandis que mon salaire ne subissait pour sa part aucune ascension. Je ressentais de plus un manque d’intérêt croissant pour les films à grands budgets. Et finalement j’ai arrêté de m’informer. Il faut dire qu’au bout d’un certain temps, l’internet fournissant tout ce qu’on peut en demander, les programmes détaillés n’étaient plus publiés dans la gazette du mercredi. C’est alors que j’ai cessé, définitivement, de me la procurer.

    Commentaire by anémone — 11 novembre 2025 @ 15:35

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